Mole hydatiforme, maladie trophoblastique et lignées trophoblastiques
Le trophoblaste se forme à partir du trophectoderme du blastocyste au moment de l’implantation de l’œuf dans l’endomètre de l’utérus humain. Après une ébauche syncytiale, le trophoblaste cellulaire s’infiltre à l’intérieur des travées syncytiales et progresse vers le conjonctif utérin qu’il colonise. C’est un tissu agressif doté d’enzymes lytiques, les métalloprotéinases matricielles MMP9 et 11, qui lui permettent de progresser dans le conjonctif de l’endomètre vers ses vaisseaux et en profondeur jusqu’au tiers externe du myomètre, la couche musculaire de l’utérus. Dans certains cas, comme dans le « placenta acreta » cette pénétration peut aller plus profondément et créer des hémorragies lors de l’accouchement.
Des moles hydatiformes peuvent apparaitre lors de la grossesse. Elles sont soit complète (MC) sans embryon, soit partielle (MP) avec embryon ou. Les MC sont dues le plus souvent à une fécondation par deux spermatozoïdes (dispermique) avec énucléation du noyau ovocytaire ou par un spermatozoïde (monospermique) d’un œuf vide avec autoduplication du noyau spermatique. Les MP sont le résultat d’une fécondation par deux spermatozoïdes d’un œuf ou d’un seul spermatozoïde qui s’autoduplique conduisant à une triploïdie à 69 chromosomes.
Le placenta des MC se présente sous la forme d’une grappe de vésicules hydropiques entourées de cytotrophoblaste et d’un syncytiotrophoblaste hyperplasique, sans capillaires dans le stroma. Dans les moles partielles, des capillaires peuvent être présents. Le dépistage de la MC repose sur un taux sanguin de ß-HCG élevé, en immunohistochimie après l’application d’un anticorps anti-P57 sur coupes, un marquage négatif dans le cytotrophoblaste et le stroma villositaires, contrairement au marquage positif des villosités de mole partielle ou de placenta normal qui expriment l’allèle maternel de la P57. Cet anticorps est dirigé contre le produit du gène CDKN1C, un gène à expression maternelle, régulateur de la division cellulaire. Dans les MC, le trophoblaste extravilleux ne se différencie pas normalement. Dans les MP, en cas de positivité à l’anticorps P57, des techniques complémentaires peuvent être appliquées comme une hybridation in situ, une cytométrie de flux voir même parfois un génotypage moléculaire pour préciser l’origine de cette pathologie.
Les maladies trophoblastiques gestationnelles (MTG) sont des pathologies rares (1/1000 à 1/2000 grossesse par an en Europe et aux États-Unis, plus fréquentes en Asie du Sud-est). Dues à une prolifération incontrôlée du trophoblaste, elles engendrent des lésions avec des villosités de type molaire ou des lésions sans villosités dérivant du trophoblaste extravilleux. Dans 50 % des cas elles apparaissent après une grossesse normale, dans 25 % des cas après une grossesse molaire, dans 25 % des cas après d’autres types de grossesses. Leurs différentes complications morphologiques sont des formations pseudotumorales telles que des nodules au niveau du site d’insertion placentaire, des tumeurs telles que le choriocarcinome, la tumeur du site d’implantation placentaire et la tumeur épithélioïde. Le diagnostic d’un choriocarcinome suivant une grossesse molaire peut être fait 1 à 3 mois après la délivrance sur la base d’un taux persistant de ß-HCG. En cas de choriocarcinome métastatique, les cibles sont par ordre décroissant d’incidence le poumon, le vagin, le foie et le cerveau.
Les maladies trophoblastiques gestationnelles sont suivies en France depuis 1999 par le réseau du « Centre français des maladies trophoblastiques ».
Les choriocarcinomes sont à l’origine de plusieurs lignées cellulaires trophoblastiques : BeWo, Jeg-3 et Jar. Ces lignées sont utilisées depuis longtemps en culture pour étudier les fonctions du trophoblaste. BeWo est une lignée de cellules qui fusionnent après traitement à la forskoline et est représentative du syncytiotrophoblaste. Jar et Jeg-3 servent plutôt de modèle pour étudier l’invasion tissulaire. Des cellules trophoblastiques du premier trimestre de grossesse HTR8/SVneo ont été transformées par le virus SV40, leur phénotype est fibroblastique, elles ont servi de modèle dans l’étude du trophoblaste extravillositaire. Toutes ces lignées ont en commun une polyploïdie (BeWo, Jar et HTR8/SVneo proches de la triploïdie ; Jeg3 proche de la tétraploïdie). Ces lignées permettent d’étudier les fonctions du trophoblaste mais leurs résultats doivent être interprétés avec prudence concernant le fonctionnement existant in vivo.
