Déportation de débris et de trophoblaste depuis le placenta
La déportation de trophoblaste dans la circulation maternelle prend différentes formes : cellulaire, moléculaire (ADN, ARN, protéines), débris cytoplasmiques comprenant des corps apoptotiques (50 – 5 000 nm) et des exosomes (50 à 100 nm) contenant des ARNm, des micro-ARN, de l’ADN et des protéines. Les débris peuvent provenir d’une mort programmée induite par apoptose, régulant le nombre de cellules et donnant des corps apoptotiques contenant des noyaux hétérochromatiques. La caspase 8 est l’initiatrice de l’apoptose dans le cytotrophoblaste. Après la fusion avec le syncytiotrophoblaste, la cascade d’activation des caspases 3, 6 et 7 provoque 3 à 4 semaines plus tard une mort programmée. D’autres débris peuvent être issus de la nécrose qui occasionne un gonflement puis l’expulsion du contenu cellulaire. Ce phénomène survient lors d’un stress oxydatif résultant par exemple de l’alternance d’hypoxie et de réoxygénation.
Des cellules entières peuvent traverser le placenta humain du fœtus vers la mère et inversement. Dans le premier cas on le dénomme déportation.
La déportation cellulaire crée un microchimérisme, c’est une caractéristique des euthériens. Elle peut survenir du fœtus vers la mère mais aussi de la mère vers le fœtus. Des cellules CD34+ ont été identifiées dans divers tissus de mères ayant eu des enfants mâles par Diana W. Bianchi qui a rapporté l’existence de cellules fœtales chez une mère 27 ans après sa grossesse. Khosrotehrani, K. a montré en 2004 que, chez des mères ayant accouchées de fœtus mâle, des cellules fœtales porteuses du chromosome Y et quelquefois CD45+ étaient retrouvées dans divers tissus maternels ( thyroide, foie, intestin). Les conséquences cliniques de ce transfert cellulaire vers la mère sont aujourd’hui diversement interprétées. Une participation des cellules fœtales dans le cas des maladies auto-immunes dont la sclérodermie, une fibrose avec oblitération des vaisseaux, mais aussi dans la réparation des tissus endommagés. Un transfert de cellules maternelles vers le fœtus a été également décrit. Le livre de Barnéoud L. « Les cellules buissonnières » de 2023 décrit en détails ces recherches et les conséquences du microchimérisme en recherche de paternité notamment. Son rôle serait encore une fois de rejoindre et de soutenir des organes défaillants.
L’existence d’un double microchimérisme fœtal et maternel démontre que le concept de barrière placentaire est aujourd’hui dépassé.
