Polluants, drogues et particules

Quels sont les pesticides les plus dangereux pour le fœtus ?

Tous les pesticides ne sont pas présentés ici. Ce sont ceux qu’on retrouve dans le sang du cordon que nous avons consignés dans le tableau ci-dessous.

Tableau des pesticides dangereux

POPTypeSang Cordon (C)Sang Maternel (M)Ratio (C/M)Log KowEffets potentiels (§)
HCHsA (ng/ml)HCHs Totaux10,216,80,613,7-3,9Croissance fœtale Reproduction
DDTA (ng/ml) 0,91,40,646,91
DDEA (ng/ml) 1,72,10,816,51
PCBs B (ng/g lipides)1018,716, 051,446,38Croissance fœtale Neurodéveloppement, Reproduction Thyroïde  
153109,95146,350,736,92
1894,924,411,117,71
OH-PBDEsC (pg/ml)47-49-9949,7632,841,514-5,1
PBDEsD (ng/g lipides)  Penta 118 Hexa 153 Deca 2080,101 0,485 1,4150,055 0,721 0,5201,83 0,68 2,726,80 6,29 6,27
PFAAsE (ng/ml) 2,835,700,4964,49 (Estimation)Croissance fœtale Reproduction

HCHs : HexaChlorocycloHexanes ; DDT : DichloroDiphénylTrichloroéthane ; DDE : DichlorodiphénylDichloroEthylène (métabolite du DDT) ; PCB : PolyChlorinated Biphenyls ; PBDEs : PolyBromoDiphenylEthers ; OH-PBDEs : métabolite des PBDEs ; PFAAs : PolyFluoroAlkyl Acides (PFOA, PFOS, PFHxS, PFNA) (J.C. Challier 2020).

Une attention particulière a été portée ces dernières années aux PFAS (ci-dessus PFAAs : Poly ou PerFluoroAlkyl Acides) des molécules tensio-actives ou surfactant qui, grâce à leurs liaisons hydrophile d’une part et lipophile de l’autre, sont utilisées pour protéger des surfaces de nombreux ustensiles en particulier de cuisine. Ils contaminent désormais les eaux courantes dans de nombreuses régions françaises. En 2025 une étude faisait état d’un effet de l’exposition prénatale aux PFAS sur les échanges materno-fœtaux et le poids du placenta (N. Alfaidy).

Certaines des molécules de l’environnement sont considérées comme des perturbateurs endocriniens soit par leur effet propre soit par synergie avec d’autres molécules. L’effet cocktail des pesticides est plausible à faibles doses. D’autres ont un effet cancérogène. Certains comme le nitrofène touchent la thyroïde du fœtus et sont potentiellement cancérogènes. D’autres comme les différents isomères de phtalates affectent la fertilité et le fœtus.

Des transporteurs du placenta sont opérationnels pour protéger le fœtus

De nombreux transporteurs sont présents à la surface du syncytiotrophoblaste, baignée par le sang maternel, et à celle des cellules endothéliales, contigües au sang fœtal. Au premier trimestre, seul le transporteur MDR (P-glycoprotéine) est exprimé en ARNm dans de nombreux organes fœtaux. Au troisième trimestre de grossesse, MDR1 ou P-glycoproteine (P-GP), BCRP et MRP2 sont détectés sur la face maternelle du syncytiotrophoblaste, ils captent et rejettent les molécules exogènes vers le sang maternel. D’autres transporteurs, MDR3 et MRP1, situésà la base du syncytiotrophoblaste les évacuent vers le sang fœtal. Tous ces transporteurs à « ATP Binding Cassette » (ABC) sont énergisés par l’ATP. Les protéines MDR1 et BCRP présentes lors de la période embryonnaire (avant 8 semaines) diminuent au cours de la gestation, signifiant une réduction de la capacité d’expulsion des molécules exogènes vers le sang maternel. Le MDR1 évacue la dioxine et la cyclosporine, le MRP2 le cisplatine et la doxorubucine. Certaines SA à effet  ostrogéniques comme le bisphénol-A (BP-A, 4,4′-isopropylidène-diphénol) ou le p-nonyl phénol réduisent l’expression de BCRP dans le placenta à terme. De plus, des transporteurs facilitants de molécules organiques cationiques (OCT), ou anioniques (OAT) ainsi que des transporteurs actifs ou facilitants d’acides aminés, peu spécifiques, pourraient participer au transfert de molécules exogènes. Dans le cerveau de rat, le 2-4 D (acide 2,4-dichlorophenoxyacetique), un herbicide, parait être exporté vers le sang en partie par OAT3. Une corrélation a été observée entre l’expression de OAT4 et la réduction du transfert placentaire vers le fœtus in vitro de PFOs et de PFOA. D’autres systèmes pourraient faciliter le passage de xénobiotiques vers le fœtus comme le système L (Lat1/Lat2), Na-indépendant et peu spécifique, présent dans les cellules BeWo et le syncytiotrophoblaste. Celui-ci transporte les hormones thyroïdiennes (HT) et des acides aminés mais pourrait aussi faciliter l’influx vers le fœtus d’analogues des HT comme le triclosan.

La détoxification des xénobiotiques

La protection du fœtus par l’efflux placentaire des xénobiotiques vers le sang maternel est complétée par l’action d’enzymes de détoxication. Le système de détoxication en trois phases a été décrit dans le placenta, le foie et le cerveau du fœtus. Les substances exogènes sont interceptées en partie à leur entrée dans les cellules. L’efflux s’opère principalement par MDR1 mais celles qui y échappent doivent être modifiées par les cytochromes P450 (Cyp450, phase I) puis combinées soit au sulfate, soit à l’acide glucuronique ou au glutathion (phase II) enfin expulsées de la cellule en grande partie par des sous-types des transporteurs BCRP ou MRP (phase III).

Tabagisme, récepteur AhR et fausses couches

Le récepteur AhR (aryl hydrocarbone récepteur) joue un rôle clé dans la détoxification des composés hydrocarbonés polycycliques aromatiques (ou PAH) et des dioxines. Il est présent dans les villosités du placenta humain en particulier dans le cytotrophoblaste, le syncytiotrophoblaste, les fibroblastes et l’endothélium des villosités fœtales tout au long de la grossesse. Il est localisé dans le cytosol et après avoir fixé un ligand il migre dans le noyau où sa transcription est activée. Il déclenche alors l’action de monooxygénases de type Cyp1A1 entre autres, des enzymes de phase II comme l’hème oxygènasses 1 par exemple avant d’être régulé.

Le benzopyrène A est un de ces PAH produit par la cigarette ; il est métabolisé par les cellules en BPDE. Sa teneur chez la mère fumeuse a été associée un risque de fausse couche avant 14 semaines. Ce métabolite aurait un effet réducteur sur la migration du trophoblaste dans les artères spiralées et l’endomètre empêchant ainsi l’irrigation de l’espace intervilleux maternel de se modifier pour augmenter le flux sanguin. La fausse couche apparaitrait dès lors inévitable. C’est le mécanisme mis en avant par certains chercheurs mais des effets endocrines sont possibles.

Syndrome alcoolique du fœtus

La consommation d’alcool pendant la grossesse particulièrement pendant les stades embryonnaires engendre un syndrome alcoolique fœtal. Il se traduit dans les cas les plus sévères par un retard de croissance, des anomalies faciales et des déficiences mentales.

L’alcool traverse le placenta. L’alcool interfère avec la méthylation de l’ADN, le transfert vers le fœtus de l’acide folique. La méthylation de l’ADN par les DNA-méthyltransférases est importante dans l’expression des gènes à empreinte embryonnaires et contribue aux aspects tératogènes du syndrome. La baisse du transfert d’acide folique par le placenta par suite de la baisse de l’absorption intestinale de la mère et à celle du transport placentaire de folates. C’est le récepteur et le transporteur des folates couplé au proton qui sont affectés dans le syncytiotrophoblaste.

Cannabis et cocaïne

Le cannabis renferme un principe actif le dronabinol ou THC qui en se liant à des récepteurs CB1 et CB2 couplés aux protéines G a un effet stimulant sur le système nerveux. La présence du récepteur CB1 a été observée en début de grossesse dans le placenta associée à un taux faible de l’enzyme, acide gras amide hydrolase, qui métabolise les cannabinoïdes. Ceci pourrait expliquer le taux élevé de fausses couches observé chez les femmes qui en consomment. D’autre part, le placenta peut synthétiser l’anandamide (AEA) et le 2-arachidonoylglycerol (2-AG) des endocannabinoides intervenant dans l’établissement de la grossesse. La consommation de cannabis peut donc introduire un déséquilibre dans l’action des endocannabinoïdes et être responsable du peu de succès de la grossesse.

La cocaïne agit en stimulant le système nerveux mais agit aussi sur le système cardio-vasculaire. Elle a un effet sympathomimétique sur le système nerveux central en bloquant la captation des catécholamines et de la 5-hydroxytryptamine par les neurones. Comme pour le cannabis, la cocaïne substance liposoluble, traverse le placenta. Les risques de la consommation de cocaïne sont nombreux : hypertension artérielle gravidique, infarctus du myocarde, hématome rétro-placentaire, placenta prævia (placenta implanté dans la région du cervix) et rupture prématurée des membranes fœtales. Pour l’enfant, il y a un syndrome de sevrage.

Microplastiques et nanoparticules

Une étude à dépister des MP > 50 µm dans le tissu placentaire et le méconium prélevés lors de deux césariennes signifiant par là un passage chez le fœtus sans que l’accouchement puisse être mis en cause. Des particules de polyéthylène, le polypropylène, le polystyrène et le polyuréthane ont été identifiées dans le placenta. Un passage de polystyrène fluorescent de taille nanométrique (50, 80, 240, and 500 nm) a été démontré lors de perfusions placentaires in vitro. Une autre étude a montré des dommages à la membrane plasmique uniquement pour les particules de polystyrène de 0,05 μm dans les cellules non syncytialisées à la concentration la plus élevée testée (100 μg/ml). Une légère régulation négative de l’hsd17b1 a été observée dans les cellules syncytialisées exposées à des particules non modifiées. Cette pollution questionne sur d’éventuels risques pour le fœtus.

Parmi les nano particules le dioxyde de titane (TiO2) et le dioxyde de silicone (SiO2) de taille inférieure à 100 nm. Le premier a été utilisé dans des produits alimentaires ou des cosmétiques sous le nom de E171. Il a été considéré comme inoffensif jusqu’à ce qu’on le classe parmi les substances potentiellement cancérogène lors de son inhalation et qu’il soit interdit. Il traverse le placenta et on le retrouve dans les organes fœtaux. Sa toxicité proviendrait de son accumulation dans le placenta et de son impact sur certaines de ses fonctions.